JohnPerkin_SilentMeeting_1996
John Perkin, Silent Meeting (1996)

À quoi ressemble une réunion de recueillement pour les affaires ?

Pour régler les affaires, courantes comme exceptionnelles, de la vie de leurs assemblées, les quakers pratiquent la réunion de recueillement pour les affaires — en anglais Meeting for Worship for Business, souvent abrégé en Meeting for Business. Le nom lui-même est évocateur : les réunions d’affaires sont avant tout des réunions de recueillement, où il s’agit pour l’assemblée d’atteindre l’unité dans les décisions à prendre par le silence et l’inspiration de l’esprit :

« Les quakers mènent leurs affaires par le biais de “réunions de recueillement centrées sur les affaires” […]. Le procédé que les quakers utilisent pour mener leurs affaires est radicalement différent de la manière dont on mène généralement les affaires dans la société moderne. Pour prendre leurs décisions, les quakers s’efforcent de trouver le “sentiment de l’assemblée”.

» Le sentiment de l’assemblée, c’est la découverte de la volonté de Dieu au sein du groupe. Ce n’est pas un compromis. On n’y parvient pas par le vote, le veto ou la persuasion. Dans la mesure où les quakers croient que chacun porte en soi l’étincelle divine, nous travaillons pour entendre les pensée, les croyances, et les inspirations de chaque personne présente. Il se peut que le sentiment de l’assemblée coïncide avec un point de vue particulier, mais il ne résulte ni d’un débat, ni d’une compétition » (Friends General Conference, Quaker Process).

Le quaker Jim Pym raconte, dans son livre Listening to the Light (p. 117–118), la première fois où il a assisté à une telle réunion :

« Je n’oublierai jamais la première fois j’ai fait l’expérience d’une réunion pour les affaires quaker. J’assistais depuis quelques temps à des réunions de recueillement, et je savais que, le premier dimanche du mois, après le café, des Amis restaient pour une réunion pour les affaires. Je pensais que c’était comme n’importe quel comité, plutôt ennuyeux, et à l’époque je ne cherchai pas à m’impliquer plus que cela dans mon assemblée. Dans mes lectures, j’avais toutefois trouvé mention du fait que la manière quaker de conduire ce genre de réunion était tout à fait différente, et je m’étais dit que je devrais peut-être demander la permission d’y assister. Ce que j’ai fait, et l’on a été ravi d’encourager ma curiosité.

» Une fois le café terminé, et la vaisselle faite, nous sommes retournés dans la salle d’assemblée, et nous nous sommes immédiatement installés dans un profond silence.  Celui-ci a duré environ dix minutes, puis la secrétaire s’est levé, et a annoncé le début de la réunion. Au début — si l’on exclut le silence initial —, cela ressemblait à n’importe quel comité. On a lu quelques-unes des minutes de la réunion précédente, et traité quelques affaires courantes. Toutefois, je remarquai que la minute de chaque point à l’ordre du jour était lue et approuvée sur-le-champ, par l’assemblée dans son ensemble ; c’était là une expérience tout à fait différente de celle que j’avais vécues lors d’autres réunions auxquelles j’avais assisté.

» Je me rendis bientôt compte à quel point la manière quaker était différente. À un moment a surgi un point — j’ai oublié lequel — qui semblait mériter discussion. Bien que j’en aie oublié les détails, le processus m’a laissé une impression telle que je me la rappelle encore aujourd’hui. C’était un de ces moments dans ma vie que je peux en toute sincérité qualifier de tournant. L’effet en a été que j’ai finalement décidé de demander mon adhésion.

» Plusieurs Amis, chacun son tour, ont présenté divers points de vue, et il semblait qu’une discussion animée allait commencer, quand la secrétaire a demandé un moment de recueillement, et qu’un profond silence est une nouvelle fois descendu sur l’assemblée. Après quelques minutes, une Amie qui n’avait pas parlé jusqu’à présent s’est levée et a résumé les principaux éléments de ce qui avait été dit, sans rien ajouter de nouveau. Elle s’est assise et, à nouveau, le silence s’est fait.

» La secrétaire a alors annoncé qu’elle allait tenter une minute. Avec des hésitations, en faisant des pauses pour se corriger, elle a lu ce qu’elle pensait être le sentiment de l’assemblée. À ma grande surprise, personne ne l’a contredite ; même ceux qui avaient exprimé des points de vue opposés ont semblé acquiescer. J’apprendrais plus tard que c’est assez habituel. La minute a été approuvée, avec seulement quelques corrections de formulation, et la réunion s’est poursuivie. »

Se préparer à une réunion de recueillement pour les affaires

Dans le même livre (p. 123), Jim Pym suggère quelques « bonnes pratiques » pour une réunion de recueillement pour les affaires réussie, en précisant que celles-ci « requièrent un peu d’entraînement » :

« Viens en réunion l’esprit ouvert et préparé au recueillement  ; entraîne-toi à écouter attentivement, tant les contributions des autres que ta propre voix intérieure ; fais confiance au travail de l’esprit au sein de l’assemblée ; sois prêt à ne parler que si tu y es invité de l’intérieur ; sois patient et souple ; sois confiant dans le fait que la décision prise par l’assemblée est la bonne. »