
Marius, 17 ans, a grandi dans la pratique quaker et, depuis 3 ans, pratique les sports de combat : MMA, muay thaï, boxe anglaise, krav maga. Céline, sa maman, l’interroge sur la cohabitation entre ces deux pratiques.
Tu as été élevé dans la foi et la pratique quaker, qu’en retiens-tu ?
Ça m’a appris à partager des moments de silence. C’étaient de bons moments, j’ai aimé faire ça. Ça m’a aussi inculqué des valeurs de respect, de partage, d’ouverture.
Tu es aujourd’hui combattant, qu’est-ce qui te plaît dans ces sports ?
Le respect : ce n’est pas évident vu de l’extérieur, mais c’est essentiel entre combattants, sinon ça tournerait à la barbarie. La polyvalence : ces sports travaillent le physique comme le mental et la technique. Enfin, la bienveillance : ces sports facilitent les rencontres et l’amitié. J’applique à ma vie de tous les jours ces valeurs que j’apprends au sport.
Y a-t-il des points communs entre les sports de combat et le quakerisme ?
Oui : le respect de l’autre ; le calme, car il faut rester serein pour ne pas perdre le contrôle de soi ; l’entraide ; la fraternité, car un lien se crée entre les combattants à l’entraînement. Comme les Ami·es qui partagent le silence et leur histoire ensemble.
Y a-t-il des points divergents ?
Oui, ce sont des sports violents, alors que les quakers prônent la non-violence. Mais ce n’est pas une violence malsaine, utilisée pour faire du mal à l’autre. Je pense que chacun·e a de la violence en soi, qui peut s’exprimer sainement par l’art, l’écriture, ou des sports comme les miens.
Sens-tu une tension entre ton éducation quaker et ta passion pour le combat ?
Non, au contraire, ça se marie bien. J’applique les valeurs d’ouverture et de respect que j’ai reçues de mon éducation quaker dans les sports de combat comme dans ma vie de tous les jours. Par contre, Abdoul Abdouraguimov, un combattant de MMA, a eu du mal à allier sa religion et sa passion, il s’est beaucoup remis en question. Le lien entre religion et combat est très personnel.
J’ai vu des combattants prier avant et après le combat. À ton avis, qu’est ce que ça leur apporte ?
Beaucoup de combattants sont croyants, toutes religions confondues. Je ne prie pas, car je ne crois pas en Dieu. J’imagine qu’ils prient pour se donner confiance en eux, exprimer leur gratitude d’être arrivé jusque-là, demander de ne pas se blesser ni blesser l’adversaire. Il y a beaucoup de respect autour de la religion, quelle qu’elle soit.
Parmi les Ami.es, qui imagines-tu combattant ?
Lucien (8 ans), car il est sportif, sociable, curieux et qu’il aime jouer à la bagarre. Je vois bien sa maman l’appeler « mon petit combattant ».
Parmi les combattants que tu connais, lequel imagines-tu quaker ?
Abdoul parce qu’il est très calme, se remet en question, a beaucoup de bienveillance et d’amour envers les autres, et est ouvert d’esprit. Tout ça, c’est très quaker.
Nos témoignages quakers se traduisent-ils dans ta pratique sportive du combat, et comment ?
Égalité : oui et non… Tout le monde n’a pas les mêmes capacités, les mêmes occasions, mais tout le monde peut atteindre un haut niveau en travaillant.
Paix : oui parce que ça apporte une grande paix d’esprit. Je n’ai jamais été aussi apaisé que depuis que je pratique.
Intégrité : physique, non ! Mais l’exigence de discipline et de respect pousse à devenir plus intègre.
Communauté : oui parce que tu rencontres des gens avec qui tu vis des moments forts plusieurs fois par semaine, qui peuvent vite devenir des proches.
Écoresponsabilité : oui et non. Je vais aux entrainements à pied ou en bus. La salle n’est pas chauffée, utilise peu d’énergie fossile. Mais ça fait manger beaucoup et se laver souvent !
Simplicité : oui, tu n’as besoin de presque rien, à part des gens, n’importe où. Le matériel et la licence ne sont pas chers, c’est simple de s’y mettre.
Céline est membre de l’Assemblée locale de Nantes
