
Notre Amie Claire témoigne dans cet article de son engagement pour la défense et la promotion des droits des enfants. Elle nous invite par ses propos poignants à prendre au sérieux notre témoignage quaker d’égalité : la parole des enfants, elle aussi, doit être entendue et prise au sérieux, dans nos assemblées comme partout ailleurs.
J’aime à penser que Dieu n’est qu’amour, sans distinction de sexe, d’âge, de religion, d’orientation sexuelle ou de santé. Il nous souhaite à tous de vivre en paix et en amitié. Pourtant, tous les êtres ne vivent pas en amour et en paix. Il y aurait évidemment beaucoup à dire, mais aujourd’hui, je veux me pencher sur la place des enfants dans notre société.
Un enfant sur dix est victime d’inceste. Seules 3 % des plaintes aboutissent à la condamnation de l’agresseur alors que certaines aboutissent à la condamnation… du parent protecteur ! Oui, le parent, souvent la mère, qui dépose plainte pour protéger son enfant se retrouve parfois sur le banc des accusés. Ce phénomène s’explique en grande partie par l’influence néfaste, dans le système judiciaire français, de la notion de syndrome d’aliénation parental (SAP).
Le syndrome d’aliénation parental, une notion controversée aux conséquences ravageuses
Introduite en 1980 par le psychiatre Richard Gardner, cette notion conduit à banaliser la pédocriminalité : elle assure que la violence sexuelle masculine serait bénéfique du point de vue reproductif ; elle défend également l’idée — contraire à ce que montre la littérature scientifique — que les abus sexuels n’auraient pas forcément de conséquences traumatisantes pour les enfants concernés.
Rappelons que le SAP ne fait pas partie de la Classification internationale des maladies (CIM) de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), ni du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM), référence mondiale en matière de psychiatrie. Mais qu’importe : en France, cette notion a été enseignée jusqu’en 2019, et elle légitime encore aujourd’hui la condamnation de femmes à qui l’on retire leurs enfants.
Et pendant que les adultes marchent sur la tête, les enfants sont remis à l’agresseur. L’enfant clame que son père lui fait du mal ? C’est la faute de la mère qui le manipule : laissons-le à la garde du père. On soupçonne les enfants de mentir. C’est un mythe. La Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) estime que seules 6 % des accusations portées par les enfants sont mensongères.
73 % des plaintes sont classées sans suite. Et même s’il n’est pas accusé de SAP, le parent protecteur doit remettre une semaine sur deux ou un week-end sur deux son enfant au parent accusé d’agression sexuelle. Faute de preuve suffisamment caractérisée, la justice oblige donc l’enfant à se rendre chez le parent qu’il accuse. Rappelons qu’une affaire classée sans suite n’innocente pas l’accusé. Cela signifie : « On ne sait pas. » Dans le doute, remettons donc l’enfant à son potentiel agresseur sexuel. Certains vont dire : « Et la présomption d’innocence ? » Ce à quoi je rétorque : « Et la protection de l’enfance ? » D’un côté, il y a un adulte, de l’autre un enfant. Un fort, un faible. La justice choisit de protéger le fort.
Certains parents protecteurs font le choix de ne pas amener l’enfant en larmes chez le parent accusé. Cette « non-présentation d’enfant » peut les conduire en prison. L’enfant est alors remis à temps plein aux mains de son agresseur (ou violeur) présumé. L’ONU a interpelé notre président sur ces situations le 27 juillet 2023 : à ce jour, notre gouvernement n’a pas daigné répondre.
Au-delà des violences sexuelles, les violences éducatives
Au-delà des violences sexuelles, tellement horribles, à peine entendables, il y a les violences éducatives. Qu’en est-il de l’égalité, si chère aux quakers ? Pourquoi est-ce qu’un professeur se permet de déchirer le travail d’un élève ? Moi, je vivrais très mal que ma cheffe mette mon travail à la poubelle. Qu’est-ce qui justifie d’agir de la sorte avec les enfants ? Pourquoi doivent-ils se lever lorsqu’un adulte rentre ? Pourquoi est-ce que certains parents imposent des cheveux longs à leur fille : n’a-t-elle pas le droit de décider pour elle ? Son corps ne lui appartient-il pas ? Pourquoi obliger ce garçon à faire du violon : pourquoi ne pas lui permettre de faire ce dont il a envie ? Pourquoi ne pas considérer l’enfant comme un sujet capable de participer aux décisions qui le concernent ? Au nom de quoi les adultes se permettent-ils de dénigrer sa parole, quand ce n’est pas sa personne ?
Pour toutes ces raisons, je me mobilise avec le Collectif enfantiste. Je suis notamment montée le 18 novembre dernier à Paris pour manifester avec le collectif contre les violences faites aux enfants et aux adolescents. C’est ma foi en action, pour que chaque enfant vive en amour et en paix.
Parfois, la foi en action, c’est une somme versée à une association pour défendre une cause. Si vous souhaitez participer financièrement, vous pouvez faire un don grâce à ce lien. D’autres fois, agir avec sa foi, c’est se documenter pour devenir conscient. Cette vidéo vous permettra d’en savoir plus sur les violences sexuelles faites aux enfants dans notre société.
Claire est sympathisante de l’Assemblée locale de Nantes
