En août dernier, on m’a envoyée écrire sur le festival post-évangélique Greenbelt. En tant qu’athée qui abhorre le prosélytisme et trouve le christianisme évangélique extrêmement problématique, j’ai d’abord été une observatrice réticente. Mais alors que la journée avançait, certains de mes préjugés étaient battus en brèche : le festival apportait son soutien à des idées libérales, accueillait des débat inter-religieux, et adoptait certains aspects de l’activisme radical. Un événement, en particulier, m’a marquée : de manière tout à fait inattendue, j’ai été émue jusqu’aux larmes en assistant à ma première réunion quaker. Ma réaction était inhabituelle, mais je n’ai pas souhaité l’analyser, que ce soit en termes religieux ou séculiers. J’ai décidé, en revanche, d’en savoir plus sur la foi quaker.

L’automne dernier, j’assistais à Quaker Quest, un programme hebdomadaire gratuit ouvert à ceux qui souhaitent mieux connaître la Société des Amis. J’avais fait quelques lectures (de Quaker Faith and Practice jusqu’à la modeste mais active blogosphère quaker) avant d’y assister, et je savais que mon éthique personnelle s’alignait avec nombre des témoignages partagés par les Amis britanniques : un engagement envers la vérité et la justice sociale, la paix, l’égalité, la simplicité, et un accent mis sur le travail communautaire.

D’autres éléments m’indiquaient que je ne risquais pas de quitter Quaker Quest en fulminant de frustration. Je savais que le quakerisme était fondé sur l’expérience et centré sur les témoignages et sur le recueillement silencieux, et le programme visait à mettre en lumière les croyances d’Amis individuels plutôt qu’une définition rigide de ce que serait une spiritualité « correcte ». On dit souvent, en guise de plaisanterie, que si l’on pose la même question à trois Amis, on est susceptible de recevoir cinq réponses différentes.

Les Amis ont été pionniers dans la lutte pour les droits des homosexuels, depuis la publication en 1963 du novateur Towards a Quaker View on Sex, qui affirmait qu’en matière de relations intimes, l’orientation sexuelle était dénuée d’importance, jusqu’à finalement accorder aux couples homosexuels le droit de se marier. J’admirais également la tendance des Amis à agir conformément à leurs témoignages, en s’engageant dans des activités militantes dans des lieux très divers, du quartier général des Nations unies à l’Irak, en passant par les prisons britanniques et les installations nucléaires. Cela me paraissait aussi encourageant qu’intriguant.

Alors que je poussais pour la première fois les portes de la Friends House, une idée me rassurait : l’idée que le quakerisme moderne était dénué de tout dogme et laissait l’esprit libre de penser de manière critique, d’analyser, de réfuter ou de privilégier sa propre manière de croire, sa propre « voie ». Cette réticence à toute normativité explique la diversité des Amis, dont les membres sont le plus souvent chrétiens, mais qui compte aussi des bouddhistes, des païens, des agnostiques, des non-théistes et tout ce que l’on peut imaginer.

Les soirées proposées par Quaker Quest étaient consacrées à des sujets spécifiquement quakers : la simplicité, la paix, Jésus, Dieu et l’égalité. Au début de chaque session, trois Amis partageaient leurs réflexions personnelles à propos du sujet du jour ; s’ensuivait alors une discussion de groupe, des questions et réponses, et 30 minutes de recueillement silencieux. J’étais reconnaissante du fait qu’un soin particulier avait été apporté au choix des orateurs : la diversité de leurs origines permettait d’illustrer la complexité de l’expérience quaker. Cette diversité se reflétait dans l’auditoire, qui comptait des personnes de toutes origines ethniques, de tous âges et de toutes croyances — bien que je n’aurais pas su me prononcer sur leur classe sociale. Certains des présents se décrivaient comme des chrétiens non-pratiquants, et quelques-uns avaient suivi le parcours Alpha sans succès (à ce propos, j’apprécie que quiconque décide de rejoindre la Société des Amis ne soit pas décrit comme un converti, mais comme un convaincu — différence modeste, mais cruciale).

Les discussions de groupe étaient toujours révélatrices, en particulier pour quelqu’un qui, comme moi, est prompt à juger les croyances chrétiennes ; bien qu’il y ait parfois eu de petits désaccords entre les participants (je me suis une fois lancée dans un échange houleux à propos de la science et de l’existence de la logique), l’atmosphère était toujours respectueuse. Nous avons partagé des anecdotes sur notre spiritualité — ou notre absence de spiritualité —, parlé de justice restaurative, envisagé des alternatives à la violence, et exploré l’idée que Jésus soit (selon la personne à qui vous parliez) une figure historique ou le fils de Dieu.

Le recueillement silencieux à la fin de la soirée nous laissait amplement le temps de réfléchir à ce qui venait d’être dit. Les nouveaux venus trouvent souvent que s’assoir en silence est un exercice exigeant, sinon insupportable : l’esprit court et vagabonde, les pieds tapent le sol, des pensées banales vont et viennent. Avec un peu de persévérance, cet exercice m’a toutefois offert quelques moments de pleine conscience ; certains ministères vocaux m’ont touchée, d’autres ont éclairé d’un jour nouveau des pensées auparavant confuses dans mon cerveau. C’est un processus extrêmement difficile à cerner, un processus qui prend des années à maîtriser, mais l’on est finalement récompensé de sa gêne et de son sentiment d’impuissance initiaux.

J’ai quitté Quaker Quest un peu plus ouverte à l’idée de parfois me tromper (c’est une très bonne chose, car je fais partie de ces horribles personnes qui aiment beaucoup avoir raison), un peu plus ouverte d’esprit, et impatiente d’explorer l’idée de « l’étincelle divine en chacun » dans un cadre non-théiste. Si vous m’aviez dit, il y a un an, que je m’intéresserais aux quakers, j’aurais sans aucun doute ri et répondu « même pas en rêve ». Mais me voilà, athée et non-chrétienne, pas tout à fait sûre de savoir que faire de cette attirance soudaine et inattendue pour la Société des Amis. Si je réfléchis à la chaîne des événements qui m’a conduite à écrire ces mots, tout ce que je peux dire, c’est que les voies de l’existence sont effectivement impénétrables.


Jessica Reed est journaliste au Guardian US

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