Evans, Geraint, b.1968; A Zen Garden


En 2009, Ben Pink Dandelion publie Celebrating the Quaker Way, petit livre cherchant à capturer l’essence de la « voie quaker ». Succès immédiat, il a été traduit dans de nombreuses langues. Nous vous en proposons ici une traduction inédite en français, réalisée par nos soins. Quelques pages à la fois, à la manière d’un feuilleton : l’occasion d’en savourer chaque passage et, comme toujours, de venir en discuter sur notre page Facebook. Bonne lecture !


[Lire depuis le début]

Communauté

Chez les quakers, il n’a jamais été question de faire cavalier seul. Être nombreux, c’est être plus fiable quand il s’agit de discerner, et c’est être plus fort politiquement quand il s’agit de changer le monde ; mais il y a quelque chose de plus fondamental dans le fait d’être « rassemblés comme dans un filet » : le désir et le besoin humains d’être reliés les uns aux autres. J’ai discuté avec d’anciens quakers ; nombre d’entre eux se sentent toujours quakers, mais ont le sentiment que leur assemblée locale ou nationale s’est égarée hors de la voie quaker. Ces quakers endeuillés n’ont nulle part où aller ; ils sont nombreux à s’asseoir et à se recueillir seuls chez eux. Personne ne peut mettre leurs directions à l’épreuve ou se joindre à leurs préoccupations. Personne n’est là pour les accompagner dans leur chemin spirituel, pour être avec eux, pour prendre en charge leurs besoins pastoraux et pour les aider à développer leur ministère ; personne d’autre que Dieu seul. Je crois que ce n’est pas ainsi que Dieu ou le quakerisme conçoivent une vie dévouée. Bien au contraire : la communauté est au cœur du recueillement quaker aussi bien que du discernement quaker. Il n’est pas nécessaire que nous priions et nous recueillions tous au même endroit pour nous sentir puissamment reliés les uns aux autres, mais savoir à quel moment les autres sont eux aussi engagés dans ces activités peut être d’un grand effet.

« Des personnes qui prient à propos d’un même sujet, c’est puissant ; pas forcément ensemble physiquement, mais où qu’elles soient ; nous n’avons pas besoin que nos corps soient au même endroit […]. J’apprends et rapprends à propos de la foi ; j’ai vraiment besoin de ne pas m’inquiéter, d’avoir confiance en Dieu, de tout lui donner et de ne rien retenir […], simplement avoir confiance en le fait que ce qui est juste arrivera. »

Nos structures reflètent et cultivent le fait que nous dépendions les uns des autres et de Dieu. Nous sommes tous égaux d’un point de vue spirituel, nous faisons tous partie du « clergé ». Nous pouvons tous participer aux réunions pour les affaires, et nous devrions tous le faire. Nous nous partageons les tâches nécessaires à la pérennisation d’un groupe de recueillement effectif, et nous nous relayons pour les assurer. Nous sommes tous responsables d’un point de vue financier. Nous sommes tous responsables d’un point de vue pratique. Nous sommes tous responsables d’un point de vue spirituel, tous aînés et veilleurs les uns envers les autres et envers l’assemblée ; nous tous cultivons et prenons soin de la communauté.

C’est souvent dans les moments les moins formels que se construit le plus efficacement la communauté. Mon assemblée a adoré ses journées à cirer les bancs ou à peindre les balustrades ; dans l’une de mes anciennes assemblées, nous organisions régulièrement des randonnées à la journée qui attiraient non seulement une grande partie de ceux qui venaient le dimanche, mais aussi leur famille et leurs amis non quakers. Dans mon assemblée, le fait de réduire le nombre de rôles formels a permis à plus de personnes de s’impliquer ; cela me rappelle l’Assemblée de Chicago qui, confrontée à une crise des nominations, a supprimé l’ensemble de sa structure formelle, et tout recommencé avec une liste de besoins immédiats. Les volontaires se manifestent quand les tâches prennent vie : « L’Esprit saint m’a pris par la main. » Nous sommes reliés les uns aux autres par le processus et les fruits de notre discernement.

Notre recueillement témoigne de la forme radicale et unique de la liturgie quaker, une alternative non médiée et directe dans un monde religieux toujours dominé par la règle de l’expertise, par les ministres et les médiateurs, par l’autorité personnelle et textuelle. Les réunions quakers pour les affaires témoignent du pouvoir de l’expérience spirituelle collective pour chercher la direction de Dieu quel que soit le sujet. Les minutes et les épîtres qui émergent de ces réunions témoignent non seulement de leur contenu, mais aussi d’un processus qui continue de subvertir les hiérarchies séculaires du statu quo. Le livre de discipline, révisé à chaque génération, témoigne de la recherche quaker de la vérité, de l’expérience de la révélation continue, et du fait que Dieu exige de nous, à chaque époque, que nous redéfinissions notre rôle et nos priorités.  Tout témoigne de notre riche tradition collective et du fait que nous sommes, puissamment et pratiquement, quakers ensemble.

3. Témoignage

La rencontre directe avec le mystère du divin, qui se situe au cœur de la foi quaker, n’exige pas seulement la réponse du recueillement et une attente dans l’expectation toujours renouvelée, mais aussi une démonstration active des intuitions que Dieu nous donne. En d’autres termes, les directions que nous recevons ne sont privées ni dans leur portée, ni dans leur application. La foi, c’est l’action dans le monde.

Les quakers ont traditionnellement appelé « témoignages » ces impératifs divins qui agissent à travers nous. Quand nous témoignons de la grâce de Dieu dans la vie d’un Ami décédé, nous soulignons cette grâce qui était si évidente dans la manière dont il vivait.

De manière similaire, quand nos vies promeuvent les desseins plein d’amour de Dieu et travaillent à leur accomplissement, cela aussi nous l’appelons notre témoignage.

Il se peut qu’aujourd’hui, nous ayons le sentiment que notre place dans le monde soit moins problématique que celle des premiers quakers, au XVIIe siècle, et il se peut que nous considérions notre foi et notre quakerisme comme des préférences optionnelles, non essentielles plutôt que comme des prérequis pour une vie dévouée. Cependant, même selon cette perspective, nous faisons partie d’une tradition qui a toujours refusé d’être confinée à des dévotions collectives sans effet au-delà de la maison d’assemblée. Il s’agit moins de mener une vie spirituelle ayant des conséquences, que de mener une vie spirituelle contenant elle-même, en son sein, la réponse de la prière dans les moments formels de recueillement et, en-dehors de ces moments, celle d’une pratique dévouée : notre foi quaker s’est toujours comprise comme incluant la vie entière. « Je ne peux pas séparer ma vie de mon identité quaker. »

« Je suis quaker, entièrement ; je ne conçois pas cela comme une croyance, c’est juste ce que je suis, ma manière d’être […], c’est mon identité ; il s’agit moins de décider d’être quaker que de se rendre compte qu’on l’est. »

Même si nous sommes libres de choisir ce à quoi notre foi quaker doit ressembler la plupart du temps, c’est néanmoins une tâche que nous devons affronter.  Ainsi, dans nos vies quotidiennes, il se peut que nous vivions dans des maisons plus petites que nos pairs, que nous conduisions des voitures plus petites, ou pas de voiture du tout, et que nous possédions moins de choses. Il se peut qu’en tant que quakers, nous soyons invisibles dans un monde de plus en plus sensibilisé aux questions de la consommation et de l’environnement, mais nous sommes au plus haut point conscients de nous-mêmes et nous nous interrogeons sans cesse. Et les raisons fondamentales de nos préoccupations quakers sont spirituelles plutôt que fondées sur un humanisme séculier. Ma propre vie quaker renferme en elle beaucoup des préoccupations et des conséquences de ma vie précédente, celle d’un anarchiste, mais j’agis aujourd’hui en raison de l’amour de Dieu en moi, et non pour célébrer de manière profane une idéologie donnée. Il s’agit moins d’agir maintenant parce que cette vie est tout ce que nous avons, que d’agir maintenant parce que c’est le moment pour Dieu d’agir, pour ma génération et les suivantes.

Il s’agit que nos vies soient « en devenir ». Nous ne sommes jamais seulement quakers (comme d’autres ne sont jamais seulement musulmans), mais nous nous efforçons toujours d’être de meilleures personnes, plus dévouées, plus obéissantes, plus conscientes. La foi est un devenir. « La paix commence avec nous — je suis la seule personne que je puisse changer […]. Dieu travaille avec nous en tant qu’âmes individuelles. » Nous travaillons sur nos vies, « laissant entrer la Lumière, nous détournant de l’obscurité », et nous nous soutenons les uns les autres : « Être dehors dans le monde et faire cela en tant que petit groupe est difficile, sachant que tu n’es pas en train de perdre ton temps ou de t’attarder sur des choses sans importance ». Certains d’entre nous ont le sentiment que nous ne nous intégrons pas bien dans la société. Ne pas venir aux réunions peut accroître ce sentiment d’aliénation ou nous rendre moins attentifs à nos choix. Venir aux réunions peut nous rendre plus conscients des « problèmes et injustices » mais aussi nous offrir un soutien pour faire ce que nous sentons devoir faire.

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Ben Pink Dandelion est responsable de programme au Centre de recherche en études quakers de Woodbrooke, professeur associé à l’université de Birmingham et chercheur associé à l’université de Lancaster.


L’Assemblée annuelle de la Société religieuse des Amis (Quakers) en Grande-Bretagne a accordé l’autorisation de traduire Celebrating the Quaker Way en français. Initialement publié en 2009 par Quaker Books. © Ben Pink Dandelion, 2009. Traduction française CC-BY-NC-ND Groupe quaker de Nantes, 2018.

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