Boehm, Francesca; The Gardener


En 2009, Ben Pink Dandelion publie Celebrating the Quaker Way, petit livre cherchant à capturer l’essence de la « voie quaker ». Succès immédiat, il a été traduit dans de nombreuses langues. Nous vous en proposons ici une traduction inédite en français, réalisée par nos soins. Quelques pages à la fois, à la manière d’un feuilleton : l’occasion d’en savourer chaque passage et, comme toujours, de venir en discuter sur notre page Facebook. Bonne lecture !


[Lire depuis le début]

Et je sais que ce désir de vivre une vie bonne est une priorité non seulement pour moi, mais aussi pour d’autres. Je sais que d’autres écouteront pour apprendre, et partageront avec moi ce qu’ils savent déjà. Ces choses comptent pour nous, énormément. Nous sommes des amis aussi bien que des Amis, et nous sommes des amis qui partageons ce dessein et ce désir de vivre une vie bonne.

Cette amitié transcende la géographie. Elle déborde mon voisinage immédiat, elle s’étend au-delà des frontières de mon Assemblée, au-delà des confins de telle assemblée annuelle ou de telle langue. Que je sois quaker veut dire que je fais partie d’un réseau mondial constitué de tous ceux que j’ai rencontrés, avec qui j’ai participé à des comités, avec qui je me suis recueilli, avec qui j’ai discerné. Nous avons travaillé ensemble et prié ensemble. Nous avons récuré des casseroles, ratissé des feuilles, nous sommes restés assis des heures pour nous recueillir, et des jours dans des comités. Nous avons appris à nous connaître dans les choses qui semblent éternelles comme dans les plus terre-à-terre. En tant que jeunes Amis, nous avons dormi sur le plancher de maisons d’assemblée, nous sommes restés éveillés des nuits entières à discuter avec animation, nous avons expérimenté avec le recueillement et, en chemin, nos cœurs se sont liés et parfois brisés. Nous avons voyagé pour nous rendre mutuellement visite, en sachant qu’au bout de la route, nous serions accueillis à bras ouverts par une âme sœur. Nous savions que, pour autant que nous resterions dans le giron quaker, nous serions très probablement amenés à nous revoir. C’est une camaraderie de la plus grande profondeur et de la plus grande fiabilité. Ce sont des amitiés « pour la vie », dans tous les sens du terme.

Souvent, nous n’avons pas besoin de parler. En silence, nous partageons la même réaction face à une nouvelle aux informations, un mendiant dans la rue, un panneau publicitaire, ou le choix d’un produit dans un supermarché. D’autres fois, nous nous opposons joyeusement, et débattons en toute amitié pour comprendre le point de vue de l’autre et décider ensemble de ce qu’il faudrait faire. Il se peut que nos points de vue restent inconciliables, mais souvent ce que nous partageons prend le pas sur ce que nous ne partageons pas. Nous sommes capables de continuer à vivre main dans la main, unis par notre adhésion collective à la Société religieuse des Amis.

Nous sommes sans cesse entraînés à agir. Les encouragements répétés d’Amis dévoués, les messages de l’Assemblée annuelle, ou tel article de la presse quaker sont susceptibles, à n’importe quel moment, de faire vibrer notre corde sensible et de nous pousser de la préoccupation [concern] à l’action. Après une manifestation réussie, il est plus facile de se lancer dans la suivante. Faire face à l’establishement de manière créative devient une habitude. Nous portons de la nourriture aux réfugiés, bloquons des bases nucléaires, nous recueillons devant des centres d’alerte précoce, faisons des pétitions et du lobbying, parlons et convainquons. Et même quand nos actions ne sont pas suivies d’effets, nous plantons des graines qui nourriront et soutiendront les générations suivantes.

En tant que quakers, nous sommes issus d’une longue tradition de travail contre l’esclavage et pour la réforme des institutions pénales, tradition initiée par des pionniers qui n’ont pas toujours été écoutés, mais qui ont toutefois été à l’origine d’un héritage que nous avons pu recevoir et nous approprier. On ne nous écoute pas aujourd’hui ? Nourrissons l’espoir que nous seront des pionniers pour les quakers de demain.

Nous savons que nous nous trompons peut-être, mais nous savons aussi que ce qui compte, c’est la recherche constante qui informe tout ce que nous faisons. Nous n’avons pas toujours les solutions, mais nous savons que, parfois, nous recevons des « réponses incroyables » à des questions que nous nous posons. En nous rassemblant, nous trouvons dans le recueillement la communauté et l’acceptation, et ensemble nous discernons des rêves que nous n’aurions jamais imaginé pouvoir rêver, et d’autres que nous n’aurions jamais pu rêver seuls. En ce lieu de découverte sacrée, au-delà de la raison, nous sommes amenés à trouver des solutions inspirées par le divin que la logique seule n’aurait pu nous apporter. Tel est l’art du discernement, l’art du sacré.

Intimement, nous savons que nous avons trouvé une communauté spirituelle qui, pour le moment, est le lieu qui nous convient le mieux. Pour beaucoup d’entre nous, cela a été un « retour à la maison ». C’est un lieu où nous pouvons vivre nos vies, les ancrer au sein de cette tradition et de tous ses apports, et à partir duquel nous pouvons poursuivre notre cheminement. Ce n’est pas un lieu qui prétend détenir toutes les réponses, mais qui encourage plutôt les questions. C’est un foyer spirituel où l’on insiste sur l’importance de la recherche et où l’on se méfie des découvertes définitives. C’est un foyer spirituel qui nous encourage à faire nos propres choix, à vivre selon notre propre interprétation de la tradition et de la manière dont elle est comprise aujourd’hui, un lieu où chacun travaille à définir ce à quoi une vie quaker pourrait ressembler.

Cela nous offre une tradition pour nous guider, des intuitions héritées du passé, et un ensemble d’outils incroyables pour nous aider, aujourd’hui, à bien agir : le recueillement ; la compréhension de ce qu’est une communauté de recueillement ; un processus de discernement ; et, finalement, la capacité d’agir comme nous l’entendons, et de devenir ce que nous voulons être en tant que peuple d’une même foi, indépendamment du passé ou du présent.

Cette liberté est aussi une responsabilité, et il est bon et merveilleux que nous entreprenions ce voyage ensemble. « Je suis quaker » n’est pas une déclaration individualiste, c’est une déclaration de communauté. C’est déclarer nos valeurs spirituelles, ici et maintenant, dans cette communauté, et notre effort pour vivre une vie au sein de ces valeurs, et à leurs côtés. C’est discerner au sein de la tradition, et contre elle. Quel cadeau merveilleux d’être quaker.

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Ben Pink Dandelion est responsable de programme au Centre de recherche en études quakers de Woodbrooke, professeur associé à l’université de Birmingham et chercheur associé à l’université de Lancaster.


L’Assemblée annuelle de la Société religieuse des Amis (Quakers) en Grande-Bretagne a accordé l’autorisation de traduire Celebrating the Quaker Way en français. Initialement publié en 2009 par Quaker Books. © Ben Pink Dandelion, 2009. Traduction française CC-BY-NC-ND Groupe quaker de Nantes, 2018.

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